Alain Dieulangard
Jean Chevillard
Une longue fidélité à Tizi-Ouzou
Christian Chessel
Charles Deckers
Ils étaient quatre ce soir-là, le 27 décembre, rejoints par Charles Deckers qui avait fêté la veille ses 70 ans. C’était la fête de Saint Jean, fête patronale de son ami et confrère Jean Chevillard. L’ambiance était donc festive. Mais moins de 30 minutes après son arrivée, c’est une rafale de mitraillette qui lui ôte la vie, avec ses trois autres confrères.
De faux policiers avaient fait irruption dans la maison et les avaient rassemblés dans la cour.
Ce drame n’est sans doute pas dû au hasard. Il faut remonter à la veille. Après une prise d’otages de deux jours, un commando terroriste du GIA avait détourné un avion de la compagnie Air France depuis Alger et avait atterri à Marseille pour se ravitailler en carburant. Le projet était de se diriger ensuite vers Paris afin de faire s’écraser l’avion sur la Tour Eiffel. Le Groupe d’Intervention de la Gendarmerie Nationale (GIGN) donne l’assaut et met fin au détournement. Les quatre membres du commando sont tués dans l’opération. Les quatre pères blancs sont assassinés au lendemain de cet épilogue. « Leurs cadavres sont symboliquement les nôtres, je les pleure, les remercie et les salue » témoignera aux obsèques des Pères blancs de Tizi Ouzou, le chanteur kabyle Ferhat Mehenni, qui se trouvait la veille du meurtre dans l’Airbus détourné par les islamistes… (C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 40).
Cent vingt-cinq ans de présence dédiée à l’aide sociale aux nécessiteux… Cet assassinat laisse leurs proches désemparés. À l’exception de Christian Chessel dont le corps a été rapatrié par sa famille, les trois autres confrères reposent dans le cimetière de Tizi Ouzou.
© Archives familiales
Dans leurs mains, ni armes, ni titre, ni argent.
Inoffensifs, dangereux, affamés de paix,
Ils se reconnaissent, ils se donnent un nom,
Leurs yeux, change la liberté !
Voilà qu’ils marchent, ils marchent innombrables
Au pas de danse, boiteux, ils avancent.
Ils bondissent, les morts, de leur tombe d’injustice,
Ils courent les aveugles, leur montrer la terre nouvelle.
Les personnes dont on est en train de parler :
Leurs cœurs, ils en font une Oasis de tendresse,
Oui, ils sont là, sans arme, sans pouvoir,
mais voilà qu’ils s’éveillent irrésistibles.
Ils ont répondu à l’appel de Dieu
Pendant que d’autres ont pris le sentiment de son absence.
Mais, malgré tout, ils ont appris à Le connaître
Et à L’aimer, ils ont voulu être
L’œuvre de Dieu, ils le sont.
Ami, toi qui veux vivre
Lève-toi dans la nuit
Incline-toi et prie Dieu pour eux.
(« Chant de lutte », Youssef, C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 122-123)
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Livre : DUVAL Armand, C'était une longue fidélité à l'Algérie et au Rwanda, MediasPaul, 1998.
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Témoignages
« Très différents les uns des autres : Alain, le charismatique ; Charles, l’homme du terrain, pratique ; Jean, le chef-né ; Christian, le jeune intellectuel ; ils étaient pourtant unis, car ils avaient tous bu à la même source : l’esprit que le Cardinal Lavigerie a légué à la Société des Pères Blanc, il y a de cela 150 ans. Aimer le peuple auquel on est envoyé, faire l’effort d’apprendre et parler leur langue, connaître et apprécier leurs traditions et coutumes, respecter leur religion, être humblement à leur service de mille manières, tout cela se trouvait chez chacun deux, selon des accents divers et les témoignages de chrétiens et musulmans, le confirment. »
Préface de Michael Fitzgerald, Missionnaire d’Afrique, au livre d’Armand Duval, C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, Médiaspaul, Paris 1998, p. 8« Au moment où nous sommes partis pour sauver nos vies, nos enfants, nos amis, cette bribe, ce champ, cette terre qui reste nôtre au bout du monde même : eux ils sont restés. Nous nous sommes demandé : pourquoi ? Il n'y avait pas de réponse, c'était une longue fidélité. On ne peut ni approuver ni blâmer la fidélité : c'est une folie. Une grande folie que d'aimer ainsi, éperdument, discrètement, jour après jour, dans le plaisir et dans la maladie, dans la vertu et dans la honte. Hormis la souffrance qui précéda le départ, faut-il pleurer ceux qui ont vécu leur amour jusqu'aux portes de la vieillesse ? Musulmans et chrétiens leur souhaitent le paradis, je suis athée. L'éternité c'est les autres. Que je sois cette autre, que la prodigieuse mémoire qui m'habite où chaque sourire, chaque voix, chaque partage, chaque hospitalité reste vivant, les faisant entrer en moi, que ma parole témoigne de la leur, que leur volonté de paix soit ma paix, que j'apaise leurs doutes, qu'ils adoucissent ma douleur. Et ainsi jusqu'à ce que d'autres m'accueillent à leur tour, s'il m'arrivait de partir trop tôt, afin que nous puissions leur offrir des cités blanches, pleines de rires, des femmes fières sous les étoiles, des enfants heureux »
Hama Djabali, citée dans Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 136« Leur mort, est certes une aberration, on a pas le droit de tuer des hommes de paix, de prière, je ressens de la honte. »
Nadia, citée dans C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 39
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