La porte d’à côté
Il y a une sainteté qui n’est ni béatifiée, ni canonisée : c’est « la sainteté "de la porte d’à côté", de ceux qui vivent proches de nous et [qui] sont un reflet de la présence de Dieu. »
(Pape François, Gaudete et Exsultate 7)
Christian & Mohamed
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Mohamed, celui qui a sauvé la vie de Christian de Chergé…
"J'ai eu l'immense chance de pouvoir travailler avec Mohamed, un homme très simple qui était garde-champêtre ... et c'était la première fois que je pouvais, en adulte, parler de Dieu aussi simplement, dans la conscience claire qu'il était musulman et dans l'affirmation simple que j'étais chrétien".
Survient un jour un accrochage au cours duquel Mohamed protège son ami et tente de pacifier les agresseurs. "C'était un homme qui se refusait de choisir entre ceux qu'il appelait ses frères et ses amis".
Il est retrouvé assassiné un dimanche alors qu'il puisait de l'eau dans son puits. Christian, quelques jours auparavant, voyant son ami angoissé par les menaces qui pesaient sur lui, lui avait dit: "Dieu peut tout, je vais prier pour toi ", et il avait répondu : "Oui, merci. Mais, tu vois, c'est dommage, les chrétiens ne savent pas prier !".Christian sera marqué toute sa vie par cet épisode douloureux sur lequel il reviendra des années plus tard, dans une homélie sur Le Martyre de la charité (Jeudi Saint, 31 mars 1994) :
"Je ne peux oublier Mohamed qui, un jour, a protégé ma vie en exposant la sienne... et qui est mort assassiné par ses frères parce qu’il se refusait à leur livrer ses amis. Il ne voulait pas faire le choix entre les uns et les autres. Ubi caritas... Deus ibi est !"
Ce drame fut pour Christian de Chergé une expérience fondatrice et une semence de vocation : "Dans le sang de cet ami, assassiné pour n’avoir pas voulu pactiser avec la haine", dira-t-il en 1982, "j’ai su que mon appel à suivre le Christ devrait trouver à se vivre, tôt ou tard, dans le pays même où m’avait été donné ce gage de l’amour le plus grand... "
(Source : moines-tibhirine.org)
L’AMI PARTI DEVANT de Fadila Semaï
Editions Albin Michel :
https://www.albin-michel.fr/fadila-semai
Soeur Odette
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C’est sur ce qu’elle appelle « les histoires d’Évangile » que Petite sœur Odette terminait sa toute dernière lettre circulaire (source : archives de la congrégation).
° S. est dentiste dans un autre quartier populaire d’Alger. Elle aussi, avec son mari, a choisi de ne pas faire carrière, de ne pas gagner beaucoup d’argent. Tous les mois, avant les évènements, elle allait passer une heure dans le silence et la paix, aux pieds de Lalla Meriem, à Notre Dame d’Afrique. Maintenant, elle ne peut plus : c’est trop dangereux… Et cela lui manque !
° B. était fonctionnaire. Maintenant il est à la retraite. Il a ouvert un petit commerce, non pas pour gagner de l’argent, mais pour sortir de la maison et laisser à sa femme la liberté d’être dans l’espace de la maison qu’elle ne quitte Pas. Lui aussi allait passer un moment auprès de Lalla Meriem, à Notre Dame d’Afrique et… il sortait à reculons « pour ne pas lui tourner le dos… »
°I. est terroriste. Une nuit, avec sa bande, leur camion s’embourbe dans le fond d’un oued. Il va chercher un paysan du voisinage qui, avec son tracteur, les dépanne, à 2h du matin. Le dépannage terminé, le chef veut prendre ses papiers au paysan (pour s’en servir ensuite, comme c’est pratique courante.) I. s’y oppose. « Il nous a dépannés. Laisse-le aller tranquille ».
° B. un homme, à Tebessa, aborde une sœur dans la rue ; ils se connaissent, c’est le boucher. Il l’amène devant sa boutique, l’ouvre pour elle et lui donne des merguez, de la viande hachée et autre chose encore, avec cette parole : « Quand Dieu veut donner quelque chose, il passe par les hommes. Aujourd’hui, c’est moi ! »
° S ; est venue nous souhaiter Noël – elle est notre voisine, comme notre sœur, de famille islamiste très engagée. Elle est venue jusqu’à la chapelle où nous étions en train de prier. Elle a admiré « l’autel ». Elle portait un morceau de gâteau de Noël qu’elle a fait pour ses enfants qui lui demandaient de qui c’était l’anniversaire. « De Jésus » a-t-elle répondu. Et pour ses enfants elle a chanté « Douce nuit, sainte nuit… », chant qu’elle aime bien, mais seulement la musique, car elle a oublié les paroles… C’était à l’heure où le GIGN donnait l’assaut à l’Airbus à Marseille.
° F. n’a pas grand-chose pour sa famille, son mari, ses 8 enfants. Une occasion lui permet de recevoir ce qui lui manquait le plus… des matelas pour que chacun en est un ! Elle a alors partagé avec son frère aîné qui, lui non plus, n’a rien pour coucher ses 9 enfants… que des tapis sur le ciment…
° Un couple va acheter des pâtes pour un centre d’handicapés : ce sera leur aumône de Ramadhan. A la boutique, au moment de payer, la femme demande une réduction sur les 5kg de pâtes achetées, en disant la destination. Le marchand lui dit : « Au lieu de 160 DA ce sera 100 DA. » puis, il se ravise : « Attendez, ce ne sera rien du tout ! » Et puis, attendez, je téléphone à un collègue… » A eux deux, ils donnent 50 kg de pâtes pour le centre de H. !
° Mme A. Son mari et son fils ont été assassinés ensemble, le fils en essayant de protéger son père. A quelqu’un qui lui demandait ce qu’elle ressentait après un an (rite spécial) : « j’ai mal à mon mari, plus mal à mon fils ; mais plus mal encore aux deux jeunes qui les ont tués ! »

