Photo en noir et blanc montrant un groupe de personnes debout à l'extérieur devant un immeuble, avec un jeune homme en robe cérémoniale ou cape avec des colliers de perles et une croix, entouré de femmes et d'hommes d'apparence vintage.

26 décembre 1924 - 27 décembre 1994

Charles Deckers

De nationalité belge, Charles Deckers a grandi au sein d’une famille nombreuse à Anvers. De nature curieuse, il est passé par l’école de la vie des scouts et sa formation de jeune homme a été assurée par les jésuites. Mais au moment de s’engager sur la voie de la vocation religieuse, c’est chez les Pères blancs qu’il s’engage. Ordonné prêtre en 1950, il aurait souhaité être envoyé en Afrique noire, mais c’est en Algérie qu’il est nommé. Il apprend l’arabe et le berbère, et passera plus de vingt ans à Tizi Ouzou, si bien qu’il s’était fait « Kabyle avec les Kabyles ». Cette proximité avec les plus notamment avait suscité des inquiétudes du côté du préfet qui l’avait interdit de séjour.

C’est à ce moment-là qu’il a été rappelé en Belgique en 1977 pour prendre en mains le Centre El Kalima à Bruxelles, existant encore aujourd’hui. Après quelques années au Yémen, il retrouve l’Algérie et est nommé chapelain à la Basilique Notre-Dame d’Afrique.

« Servir la convivance harmonieuse »

Alors que la situation est à son comble, il reconnaît, lucide : « Notre-Dame d’Afrique reste à la merci d’un acte d’insensé. Dans le diocèse, nous pensons tous que le maintien de la présence de l’Église est important, autant pour l’Église elle-même que pour le pays. Le monde actuel, en général, les cultures religieuses en particulier, ne peuvent échapper à la nécessité du dialogue pour assurer la "convivance", harmonieuse qu’exige l’honneur du Dieu que nous désirons servir les uns et les autres ». Dans une interview, il avait glissé l’esprit de cette présence : « Plus que jamais, je pense que les actes valent plus que les paroles, même si ces actes se limite au fait de rester sur place avec les gens. Je m’en sors entre les mains du Seigneur. »

« Par notre présence, nous souhaitons être des témoins, non des prêcheurs » (Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 133).

  • 26.12.1924 Naissance à Anvers (Belgique)

    1977 Retour en Belgique et animation du Centre El Kalima à Bruxelles

    1980 Nommé inspecteur des Écoles libres (Belgique)

    1982 Nomination au Yémen

    1987-1994 Retour à Alger

    Chapelain de la Basilique Notre-Dame d’Afrique

    Aumônier des Clarisses d’Alger

    27.12.1994 Assassinat à Tizi Ouzou

    • « Cet homme fut, et reste pour tous ceux qu’ils ont connu le symbole du dialogue entre les communautés chrétiennes et musulmanes. Pour nous, il était la preuve, vivante, qu’avec la foi, et l’amitié entre les humains, bien des difficultés pouvait être surmontées, comme il disait souvent, ajoutant que nous étions appel à travailler ensemble, pour un monde de paix, plus juste et plus humain, croyant ensemble un Dieu unique. »
      (Lettre d’un jeune oranais publiée dans le journal Le Matin, le 4 mai 1995, citée dans C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 95)

    • « Mon amitié avec le père Deckers remonte à 1965, quand il était mon professeur d’arabe à l’école des Pères blancs… Je suis sage-femme depuis 1974, grâce au père Deckers qui fut mon intercesseur auprès de mes parents, de mentalité sévère, comme tous les Kabyles ; ils ne voulaient pas l’époque voir leur fille quitter Tizi Ouzou pour faire des études à Alger et y être interne loin de chez eux. Alors le père Deckers fut mon tuteur légal pendant les trois années d’études jusqu’à l’obtention du diplôme. En dehors de mon papa, il était la seule personne habilitée à me faire sortir les week-ends. Dieu seul sait combien de fois, après son retour du Yémen, nous avons été si heureux autour d’une table familiale, dans ce cabinet même de mon mari, chirurgien- dentiste. »
      (Saliha, citée dans C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 93-94)

    • « Tous nous les aimions, mais peut-être est-ce l’assassinat de notre aumônier, le père Deckers, qui nous a le plus bouleversées. Sans doute pressentait-il, ce qui allait advenir, puisque peu avant ce fameux 27 décembre, il nous avait dit : "il y en aura encore d’autres, le prochain, ce sera ou moi." Ce fut lui ! Il alla au-devant de son sacrifice, comme une noce, en mettant son plus beau costume, offert par son frère l’été précédent. Il avait célébré la messe, le matin même, au monastère, avec une joie qui nous avait toutes frappées. Dans l’allégresse du don, il partait à la rencontre du Seigneur… »
      (Les sœurs clarisses, Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 244).

  • Site web familial : https://www.charlesdeckers.be/ 

Dessins en style pointillisme représentant un homme avec des lunettes, un col roulé et des cheveux courts, dans un style artistique monochrome.
Portrait d'une femme avec des lunettes, coiffée de courts cheveux noirs.
Portrait stylisé en bleuté d'une personne souriante avec des cheveux courts et sans barbe, portant une chemise.