27 octobre 1958 - 27 décembre 1994
Christian Chessel
« La compassion, premier geste d’un engagement avec l’autre »
Christian Chessel était le plus jeune de la communauté, et portait plein de projets qui lui tenaient à cœur, entre autres le chantier d’une bibliothèque.
Formé comme ingénieur en génie civil à Lyon avant de rejoindre les Pères blancs, il dispose d’une solide formation également en lettres modernes. C’est un temps de coopération en Afrique qui avait ouvert en lui la question d’un engagement religieux. Mais c’est d’abord le Séminaire d’Avignon qu’il intègre. L’appel à la mission en Afrique resurgit et deux après il demande à intégrer les Pères blancs. C’est à Fribourg, en Suisse. qu’il passe son année de noviciat qui compte à ce moment-là une vingtaine de jeunes de nationalités différentes. Il n’a pas d’idée préconçue quant à son futur pays de mission. Mais c’est l’Algérie qui va lui faire signe au travers d’un cours. Il va ensuite partir suivre trois d’études de théologie en Angleterre, puis deux années de formation au PISAI à Rome (1991-1992) où il fera son serment perpétuel en 1991, la main tendue sur des feuillets de l’évangile retrouvés avec les restes des Pères Blancs assassinés en 1881 au Sahara alors qu’ils cherchaient à rejoindre l’Afrique noire.
Au début du mois de septembre 1994, il avait demandé à intégrer le groupe du Ribât es-Salâm (Lien de la Paix) né en 1979 à l’initiative de chrétiens désireux de partager les perles de leur vécu avec les musulmans. « Ce que j’attends ? C’est un peu ce que vous vivez… J’ai une approche intellectuelle des choses, abstraite ; je privilégie la dimension de réflexion, l’analyse… j’éprouve la nécessité d’équilibrer par une dimension plus spirituelle avec en même temps quelque chose de plus simple et de vécu. Je crois vraiment que c’est ce que je vais trouver ici… On parle de ce qu’on vit.
« Dans ce contexte, la compassion, ne serait-elle pas le premier mot d’une prise de parole, le premier geste d’un engagement avec l’autre et pour l’autre, quelle que soit sa foi ? ».
Et il y a cette dimensions islamo-chrétienne… La rencontre d’Assise, le 27 octobre 1986, est à mes yeux, le sommet de tout le pontificat de Jean-Paul II. J’ai été conforté dans cette conviction qu’il faut trouver de nouveaux moyens de rencontre. Sur le plan de la réflexion sans doute, mais qui soit vraie, grâce au vécu ensemble et au partage spirituel. (C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 131-132). Avec le déchainement de la violence, il médite :
« Dans ce contexte, la compassion, ne serait-elle pas le premier mot d’une prise de parole, le premier geste d’un engagement avec l’autre et pour l’autre, quelle que soit sa foi ? » et il conclut : « La compassion, peut être aussi l’un des premiers mots d’un langage islamo-chrétien, car elle se révèle comme l’expression de Dieu et de l’homme qui est au-delà des mots…»
Premier, et peut-être aussi dernier mot, de la rencontre islamo-chrétienne, pour temps de crise, la compassion tourne nos regards vers ce que l’on peut considérer comme les premiers, les plus beaux noms de Dieu : celui de "Clément" pour les musulmans, celui de "Père" pour les chrétiens.
À un moment où les mots eux-mêmes souffrent violence, retrouver un sens commun de la compassion, s’appuyant sur une expression commune de la souffrance, peut ouvrir de nouveaux chemins au dialogue. » cité dans Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 140-142).
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27.10.1958 Naissance à Digne-Les-Bains
1976-1981 Études supérieures à l’INSA et en théologie (Lyon)
1981 Coopération en Côte d’Ivoire
1981-1983 Licence en lettres modernes par correspondance
1983-1985 Séminaire d’Avignon
1985 Demande d’admission chez les Pères blancs. Noviciat à Fribourg (Suisse)
1986-1988 Stage à Tizi Ouzou et études de théologie à Londres
1991-1992 études d’islamologie au PISAI (Rome)
26.11.1991 Serment perpétuel à Rome
28.06.1992 Ordination sacerdotale à Nice
1993-1994 Arrivée à Tizi Ouzou. Nomination comme supérieur de la communauté
27.12.1994 Assassinat à Tizi Ouzou
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« [À ses parents] Sachez que pendant ces derniers jours, Christian était très heureux. Il respirait la joie. Il avait pu mettre en route le projet, si cher, à son cœur, de construire une bibliothèque, destiné à tous les jeunes, fille et garçon, de Tizi Ouzou. »
(Zakia, dans C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 129-130)« C’était un prêtre heureux ; intellectuel, certes, mais également intelligent ; et un homme spirituel. Je l’ai connu à Tizi Ouzou, d’abord comme stagiaire, puis comme prêtre. Sa croissance humaine et spirituelle était patente. Il était conscient que tout était nouveau pour lui que tout était à découvrir : le pays, les gens, la langue, les coutumes, les croyances, la culture, la psychologie des Kabyles. Et il prenait les moyens pour s’enrichir. Souvent il venait dans ma chambre pour poser des questions, échanger, surtout cela, mais aussi sur le moyen d’améliorer la vie de communauté. Et moi, j’allais aussi chez lui, alors il préparait un café, - il s’était équipé pour -, prenait le temps de s’asseoir et d’accueillir. »
(Éric Bladt, Missionnaire d’Afrique, dans C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 108-109)
« Un homme discret et accueillant, qui, très vite, compris que l’accueil et l’hospitalité étaient des attitudes sacrées dans les familles de Kabylie… Serviable avec ce sourire qui le quittait rarement… Sa simplicité cachait des capacités humaines, peu communes. Il était rigoureux dans son travail, bon pour les autres, exigeant, très exigeant pour lui-même. Il menait sa vie à la façon d’un coureur, comme si chaque instant était précieux. Et, pourtant, il restait disponible, acceptant de se laisser déranger pour le plus humble des services… C’était un priant. Il savait passer de longs moments dans la prière, car c’est là qu’il retrouvait sa source et refaisait ses énergies. Il avait arrangé sa modeste chambre de façon à harmoniser toutes les dimensions de sa vie. Il était passionné pour l’homme, comme il était pour son Seigneur… ses compagnons peut-être, au début, ont eu un mouvement de recul devant son ardeur. Lui souffrait de voir beaucoup de jeunes qui n’avaient pas eu la chance de pouvoir mener jusqu’au bout leur formation humaine ou professionnelle, et cette blessure agissait en lui comme un stimulant puissant. Comme ses compagnons, il se savait dans l’œil du cyclone de la violence… Face à l’amour de la violence, il n’avait à opposer que la violence de l’amour… » (Raphaël Deillon, Missionnaire d’Afrique, dans C’était une longue fidélité à l’Algérie et au Rwanda, p. 137)
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Écrits :
« La mission dans la faiblesse. Réflexions sur une approche possible de la mission », Spiritus 218 (2015) 7-12.
« Les noms divins, proche d’entrée à la théologie musulmane », Se Comprendre 93/01 (1993) 1-12.

