Un témoignage chrétien dès le IIe siècle

L’Algérie connaît l’émergence des premières communautés chrétiennes dès la fin du IIe siècle. Elles nous sont connues notamment par les récits des premiers martyrs (cf. Félicité et Perpétue à Carthage, 203). Mais la grande figure qui incarne la chrétienté en terre algérienne, c’est saint Augustin (354-430), maître spirituel, encore aujourd’hui, pour toute l’Église. Entre le VIIe et le XIIe siècle, la présence chrétienne autochtone s’estompe au profit de l’islam.

Une période coloniale

C’est l’arrivée des Français en 1830, avec la colonisation, qui permet la restauration de l’Église d’Algérie. Une abbaye cistercienne est fondée à Staouëli en 1843. En 1846, Mgr Pavy amorce les travaux de la Basilique de Notre-Dame d’Afrique qui veille aujourd’hui sur la baie Alger.

Sous la houlette de ses pasteurs successifs, l’Église d’Algérie va connaître une mue importante au fil du temps. Des personnalités ont marqué par leurs intuitions. Dès 1867, Monseigneur Lavigerie va ainsi implanter les Missionnaires d’Afrique (Pères blancs et sœurs blanches) et structurer l’action caritative de l’Église. Charles de Foucauld va inspirer plusieurs instituts de vie consacrée vouée au partage de la vie avec les plus pauvres.

Les lois anticléricales de 1905 ont leur retentissement jusqu’en Algérie et précipitent la fermeture de l’abbaye de Staouëli. Ce n’est qu’en 1934 qu’un groupe de moines trappistes tentent une nouvelle implantation en Algérie et s’installera en 1938 sur le domaine de Tibhirine.

Carte topographique de l'Algérie avec plusieurs villes marquées en rouge, notamment Alger, Oran, Tlemcen, Laghouat, Ghardaïa, Constantine, Annaba, Souk Ahras, Tizi Ouzou, Bab El Oued et Tibririne.

La mue d’une Église locale

L’arrivée en 1947 de Mgr Léon-Etienne Duval sera déterminante pour accompagner la mue du pays après la guerre d’indépendance. Personnalité engagée, il va condamner la violence et la torture et contribuer à fixer un clergé et des communautés religieuses attentives au devenir du pays tourné désormais vers son propre développement. Beaucoup de personnes quittent le pays, les paroisses se vident progressivement et l’Église se retrouve face à une période d’incertitude. Pourquoi rester ? Comment rester ? Au fil du temps, et malgré le déchirement créé par la guerre et ses conséquences, l’option prise est de vivre au plus près de la population algérienne, dans le partage simple de la vie et du quotidien. L’Église « choisit d’être algérienne » (Le Monde, 22 janvier 1964).

Très attaché à la Trappe de Tibhirine, Mgr Duval va contribuer à la sauver à plusieurs reprises. En 1963, c’est en effet sa fermeture par les autorités trappistes qui est évitée de justesse, puis en 1975, il s’oppose à un décret d’expulsion de l’État.

Mais les soubresauts de l’histoire du pays sont palpables et connaissent une nouvelle flambée de violence au début des années 90 avec l’interruption d’un processus électoral. Le Front Islamique du Salut, dépossédé de sa victoire, constitue un bras armé, le Groupe Islamique Armé, et entraîne le pays dans ce que l’on va appeler la « décennie noire » au cours de laquelle 200.000 personnes seront tuées. L’Église d’Algérie n’est pas épargnée. Parmi elles, dix-neuf religieux-ses seront assassinés. Ils ont été béatifiés le 8 décembre 2018 à Oran (Algérie), une première en terre d’islam, et « un grand signe de fraternité dans le ciel algérien à destination du monde entier » (Pape François, message pour la béatification).

Une illustration en style monochrome bleu d'un bâtiment religieux avec des dômes et des tours, entouré d'arbres et de bâtiments environnants.

Notre Dame d’Afrique, Alger

Une illustration en tons bleus d'une église ou cathédrale avec des tours, un grand portail et un dôme en arrière-plan.

Basilique du Sacré Coeur, Oran

De la prise d’Alger à la « décennie noire »

1830 Arrivée des Français et instauration d’un régime colonial

1838 Installation d’un évêché à Alger. Mgr Dupuch, premier évêque

1843 Fondation de l’Abbaye de Staouëli

1867 Installation de Mgr Lavigerie

1872 Consécration de la Basilique ND d’Afrique

1905 Fermeture de Staouëli suite aux mesures anti-cléricales

1938 Fondation de Notre-Dame de l’Atlas à Tibhirine

1954 Début de la guerre d’Algérie par le Front de Libération national)

1962 Indépendance du pays (accords d’Evian)

1976 Nationalisation des écoles

1990 Interruption du processus électoral qui aurait vu la victoire du Front Islamique du Salut

1993 Ultimatum lancé aux étrangers de quitter le pays le 1 er décembre.
Ce sont 200000 morts sur la période appelée « la décennie noire » dont plus d’une centaine d’imams et les dix-neuf religieuses et religieux assassinés entre 1994 et 1996.