Au service de la jeunesse
Soeur Paul-Hélène Saint-Raymond
Henri Vergès
Ce dimanche 8 mai 1994, frère Henri Vergès et Sr Paul-Hélène sont dans leur bibliothèque de la rue Ben Cheneb, au cœur de la Casbah d’Alger, lorsque trois terroristes habillés en policiers font irruption dans les locaux peu après leur ouverture en début d’après-midi.
C’est sœur Paul-Hélène qui les accueille et les conduit au directeur à leur demande. Elle est abattue d’une balle dans la nuque et s’affaisse, levant les mains dans un geste d’étonnement, les bras en croix.
Frère Henri est atteint d’une balle dans la tête. Il s’effondre, la main tendue accueillant ses agresseurs. Michel Voute, confrère d’Henri Vergès, dans une autre partie de la bibliothèque à ce moment-là, échappe à l’attentat.
« Un frère, une sœur ont donc été tués sur leur lieu de travail, au cœur de leur existence de tous les jours, dans la « tenue des serviteurs », parmi ces jeunes du quartier qui cherchaient là les mêmes chances que d’autres, plus fortunés, d’accéder à la culture et à l’épanouissement de leurs capacités intellectuelles et humaines. Henri était à son affaire, même dans les situations les plus opposées.
Directeur d’école redevenu simple enseignant dans un lycée algérien, il avait su constamment inventer la bonne façon de s’ajuster là au charisme de sa congrégation enseignante, à l’école de Marie. À la bibliothèque, il tenait beaucoup à l’ambiance intérieure ; qu’elle soit faite de silence, de travail et de respect mutuel, de confiance ; la beauté du cadre, si soigneusement restauré, y prêtait. « Ces jeunes, disait-il, vivent la violence partout, dans la rue comme chez eux. Il faut qu’ils fassent ici l’expérience de la paix possible qu’ils portent en eux. » […]
Paul-Hélène et Henri étaient donc à leur place. Offerts, sans défense. Ils se savaient vulnérables.
Ils n’ignoraient pas la peur. Ils prouvaient simplement qu’elle peut être traversée de part en part, et donc dépassée, par l’urgence plus grande d’une disponibilité à l’autre ».
(Christian de Chergé, « Obscurs témoins d’une espérance, 17 juillet 1994, L'AUTRE que nous attendons : homélies de Père Christian de Chergé 1970-1996, Les Cahiers de Tibhirine 2, Aiguebelle, 2005, p. 511-512)
Leurs obsèques sont célébrées le 12 mai.
« Tous ceux qui ont participé aux obsèques de sœur Paul-Hélène et de frère Henri à Notre-Dame d’Afrique auront été profondément marqués par l’extraordinaire sentiment de paix et de communion qui s’en dégageait. La solennité de l’Ascension, célébrée ce jour-là, nous entraînait tous aussi loin que Jésus, à travers la brèche ouverte sur l’invisible, et, tout à la fois, nous renvoyait au quotidien de ce peuple et de ce pays où nous savions devoir retrouver, jour après jour, le témoignage de cette sœur et de frère. À aucun moment, le mot de « martyre » ne fut prononcé. Il eût paru déplacé. Ils n’en avaient besoin ni l’une ni l’autre, pour s’imposer à tous, incontestables, jusque dans leur message conjoint de modestie, de petitesse : petite sœur de l’Assomption, petit frère de Marie... Ce qui leur était arrivé, cette mort brutale, s’inscrivait dans une continuité dont les jalons devenaient lumineux. Ceux qui ont revendiqué leur meurtre ne pouvaient s’approprier leur mort. Elle appartenait à un Autre, comme tout le reste, et depuis longtemps. « Ça fait partie du contrat, disait Henri en riant, et ça sera quand Il voudra. Ce n’est pas ça qui va nous empêcher de vivre, tout de même ! » Peut-être est-cela qu’on appelle des « chrétiens en sursis » ? Henri comme Paul-Hélène, c’était une constante exigence de régularité spirituelle : prendre les moyens quotidiens de la prière, qui font que le dernier jour ne diffère guère des précédents. Simplement, on est prêt à accueillir les élèves (c’est l’heure), comme à partir (et voilà que c’est l’heure). »
(Christian de Chergé, « Obscurs témoins d’une espérance, 17 juillet 1994, L'AUTRE que nous attendons..., p. 511-512)
Témoignage de Frère Christian de Chergé
Si nous pensons à notre frère Henri et à notre Sœur Paul-Hélène - et comment ne pas y penser ? -, nous savons que leur témoignage ne peut se passer de ce qu'en disent tous ceux qui ont longuement bénéficié de leur vie si vraiment donnée. Ils étaient venus, l'un et l'autre, avec un cœur de pauvre, prêts à accueillir, et ils ont confessé avoir beaucoup reçu de cette foule de gens pauvres qui les pleurent avec nous, témoignant qu'ils leur doivent beaucoup. L'Esprit faisait ainsi le « lien de la paix », et c'est Lui qui nous aide à vivre leur sacrifice comme une Pentecôte en proclamant sur eux et avec eux « les merveilles de Dieu ».
(Christian de Chergé, Le « martyre de l’Esprit Saint », Homélie pour la Pentecôte, 22.05.1994, L'AUTRE que nous attendons…, p. 432)
Les découvrir
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Frères maristes : https://champagnat.org/fr/
Petites sœurs de l’Assomption : https://assomption-psa.org/
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