La Fraternité à Kouba
Odette Prévost
Elles étaient trois à vivre dans cette fraternité à Kouba : Odette Prévost, Chantal Galicher et Anne-Marie Tudo. Mais ce jour-là, le 10 novembre 1995, Odette et Chantal partent toute les deux pour aller à la messe.
Anne-Marie est en France pour soigner son dos. Compte-tenu de la situation et du récent assassinat des deux sœurs de la Congrégation de Notre-Dame des Apôtres au début du mois de septembre, une certaine tension les fait redoubler de prudence. Il est décidé qu’une amie viendrait les chercher en voiture.
À peine sorties de leur maison, un homme surgit et tire sur elles. Odette est mortellement touchée.
Très grièvement blessée Chantal est rapatriée en France et survit miraculeusement à l’attentat.
C’est à nouveau toute la communauté ecclésiale qui est secouée par cet attentat meurtrier.
Quand on les croyait toutes les deux décédées, frère Christophe, moine de Tibhirine écrit :
« Ce vendredi 10/11, au matin, un conflit m’avait opposé à un frère lors d'une réunion : situation sans issue, quand la violence, par grâce en l'un et l'autre, fut surmontée, vaincue juste à temps pour nous laisser aller prier ensemble. C’était l'Office de Tierce. Christian, appelé au téléphone, nous y rejoint. Après le chant des Psaumes, il nous ANNONCE l’assassinat de nos deux sœurs Odette et Chantal à Kouba, tout à l'heure. Le meurtre insistant et la mort insupportable font irruption dans le chœur. Ils font le vide - comme une sépulture béante là au milieu de nous. Larmes et silence avec tout un peuple font intercession. Christian reprend le Ps 12 que nous venons de psalmodier : Psaume re-dit. Psaume ouvert, à voix nue : Combien de temps Seigneur… ?(Frère Christophe, « Espérance à perte de vie », Sept vies pour Dieu et l’Algérie, p. 202-204)
Les nouvelles concernant Chantal sont rassurantes mais la blessure est grande : « Toutes deux [Odette et Chantal] étaient venues célébrer Pâques avec nous. Comment fêter ici la Résurrection du Seigneur sans la foi et le courage de « quelques femmes qui sont des nôtres » (cf. Lc 24) ?
Elles s’étaient annoncées pour Noël… Pour la troisième fois, notre Ribât est meurtri : Henri, Christian (Chessel), Odette.
Impossible d’oublier, de tourner la page : elles et ils ne sont pas morts pour rien.
Le Christ a tant aimé les Algériens qu’Il a donné sa vie pour eux. Et les nôtres à sa suite. Nous avons bonne mémoire pascale ! »
(Lettre circulaire des moines de Tibhirine 1995, Heureux ceux qui espèrent, p. 744).
Paroles prophétiques puisque les sept frères de Tibhirine seront enlevés et assassinés quelques mois plus tard.
Soeur Odette avec des jeunes filles
© Archives générales Petites Sœurs du Sacré Cœur de Charles de Foucauld.
Témoignages
“ Pour faire une année de vrai bonheur, nous accueillons avec vous cette parole de vie de notre sœur ODETTE (à la rencontre du RIBÂT de la Toussaint 1994) : « La fidélité demandée est celle du moment présent. Dieu ne nous donne que ce moment-là pour vivre pardon, amour, espérance et PAIX ”.
Lettre circulaire des moines de Tibhirine 1995, Heureux ceux qui espèrent, p. 748« Bravo ! Les héroïques combattants de la justice ont encore frappé [...]
Et pendant que les deux femmes désarmées marchaient vers le rendez-vous pris avec une amie qui devait les accompagner à Kouba où elles allaient prier, ce vendredi encore, pour la paix, nos deux héros embusqués ont tiré et ils ont tué Odette et blessé Chantal. Bravo ! »
Mgr Pierre Claverie, Nos vies sont déjà données… p. 130
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