Une femme âgée souriante, portant un pull à pois bleu et blanc, dans une pièce avec des étagères en bois contenant des livres et quelques objets.

17 juillet 1932 - 10 novembre 1995

Odette Prévost

« Le passé, Dieu le pardonne. L'avenir, Dieu le donne. Vis le jour d'aujourd'hui en communion avec Lui »

Originaire d’un petit village de Champagne et d’une famille chrétienne, Odette, dernière d’une fratrie de quatre, grandit avec un appel qu’elle ne discernera qu’à la fin de ses études. Grâce à l’accompagnement de son curé, alors qu’elle pense entrer à la Trappe, il la réoriente vers les Petites Sœurs du Sacré Cœur de Charles de Foucauld. Elle a 21 ans quand elle rejoint la maison mère et entre au postulat.

Son parcours va l’amener d’abord au Maroc où elle va rejoindre en 1958 le P. Peyriguère, ermite et disciple de Charles de Foucauld, qui avait lancé un appel pour l’ouverture d’une fraternité à El Kbar. Elle s’immerge et se passionne pour la culture et la langue. C’est aussi son premier contact avec l’islam. Elle se fond dans la vie quotidienne du village et se fait proche des femmes et des jeunes filles. Elle va y rester trois ans et rappellera souvent combien ces trois années passées auprès de l’ermite l’ont marquée. De retour à Montpellier en 1961, elle sera au service de diverses fraternités pour leur création pour leur soutien, au gré de leurs besoins. On la retrouve ainsi en Espagne, à Alger, Paris, Argenteuil, Toulouse. En 1980, elle entame une formation importante au PISAI à Rome, ce qui la préparera à rejoindre en 1983 la fraternité de Kouba à Alger.

Elle est engagée au Centre culturel diocésain des Glycines et y assure des services de secrétaire, bibliothécaire et aussi comme professeur d’arabe dialectal. Elle établit également la revue de presse. Son goût pour la rencontre et l’échange va trouver son épanouissement au sein du Ribât es-Salâm, groupe de partage spirituel islamo-chrétien qui se réunit deux fois par an au monastère de Tibhirine qu’elle rejoint dès le mois de mars 1984. Lorsque la violence a gagné le pays, son propos de vie n’a pas varié, déterminée à rester. 

« Rester, c’est affirmer notre droit humain fondamental : le droit à la différence. Rester, c’est travailler à notre petite place pour l’avenir du pays. Le défi que l’Église nous confie, c’est d’essayer de faire naître la confiance, l’estime réciproque, la collaboration pour l’homme, le partage des valeurs culturelles, spirituelles, entre deux sociétés séparées par l’histoire et les références religieuses. »
(Odette, 16.11.1994, Nos vies sont déjà données… p. 133-134)

« Rester, c’est aussi montrer à nos voisins que nous ne sommes pas là par intérêt personnel. Il nous faut même nous démarquer de la France qui presse ses ressortissants de quitter le pays. Nous ne sommes pas là pour servir les intérêts de la France ni de sa politique. Nous sommes ici avec eux, pour eux, embarqués dans la même galère. Et quand nous incitons à l’espérance malgré tout, nous savons un peu, avec eux, de quoi nous parlons, car le présent n’y porte pas spécialement. Et pourtant, en tant qu’étrangers […], il faut voir malgré tout de quelles attentions, de quelles délicatesses on nous entoure par de petits gestes qui prennent toute leur valeur en ces circonstances, qui disent surtout : on n’est pas d’accord avec ce qui se passe, même si on ne peut pas le dire tout haut sans danger. Par exemple, on m’offre une rose, un inconnu me donne le sac de croissants chauds qu’il tient à la main. Le chauffeur du bus qui a remarqué où je vais, s’arrête pour moi juste à l’endroit où cela m’arrange pour m’éviter de marcher trop longtemps dans la nuit. Et cela sans que je demande quoique ce soit. Mais le merci, le regard, le sourire complice en disent long. »

(Lettre à ses amis de Noël 1994, citée dans Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 107-108).

Groupe d'enfants et d'adultes lors d'une fête en 1989 à Alger, célébrant une occasion avec un gâteau.

Outre ces témoignages poignants de ce soutien discret de musulmans, la Parole du jour l’a soutenue au quotidien, ainsi que l’eucharistie. Sa prière trouvée sur elle donne la clé de ce pèlerinage accompli :

Vis le jour d’aujourd’hui ;
Dieu te le donne, il est à toi.
Vis-le en Lui.
Le jour de demain est à Dieu,
il ne t'appartient pas.
Ne porte pas sur demain le souci
d'aujourd'hui.
Demain est à Dieu, remets-le en Lui.
Le moment présent est une frêle passerelle :
Si tu le charges des regrets d'hier,
de l'inquiétude de demain,
la passerelle cède et tu perds pied.
Le passé ? Dieu le pardonne.
L'avenir ? Dieu le donne.
Vis le jour d'aujourd'hui
en communion avec Lui.

“Rencontrer devant Dieu, et en Lui, des frères musulmans”

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Photos : (© Archives générales Petites Sœurs du Sacré Cœur de Charles de Foucauld)