Un groupe d'enfants et un homme assis ensemble sur le sol, semble lire un livre ou une feuille. La scène se déroule dans une pièce avec un décor floral en arrière-plan.

18 janvier 1937 - 21 mai 1996

Christian de
Chergé

“Le dialogue entre les religions n’est pas une idée abstraite, mais une expérience concrète à vivre au quotidien”.

Né à Colmar le 18 janvier 1937, et après une enfance passée en partie en Algérie où il apprendra sur les genoux de sa mère le respect de ces autres croyants, c’est d’abord comme prêtre diocésain que Christian de Chergé va s’envisager. Une solide formation au séminaire des Carmes va le faire côtoyer plusieurs étudiants devenus évêques par la suite. C’est peut-être la route tracée rêvée par sa famille qui aura du mal à accueillir une nouvelle inflexion dans sa vocation : la voie monastique en terre d’Islam. Il faut rechercher les racines de cet appel au cœur de son service militaire accompli en pleine guerre d’Algérie. Mohamed, un garde-champêtre sauve sa vie lors d’un accrochage. Parce qu’il n’avait pas voulu choisir entre ses frères musulmans et ce frère chrétien, on le retrouvera assassiné quelques jour plus tard au bord d’un puits. Il nourrissait avec cet homme une solide amitié spirituelle dont il témoignera sobrement :

« Un musulman m’a conduit à Jésus ».

Ce nouvel appel ne plaît pas davantage à sa hiérarchie ecclésiastique qui lui demande cinq ans d’engagement pastoral après son ordination le 21 mars 1964. En obéissance Christian de Chergé accepte et se retrouve en ministère à Montmartre. Au terme de son engagement, sa détermination n’a pas faibli et il demande à être libéré pour embrasser sa nouvelle vocation. Il entre à Aiguebelle la maison-mère de Tibhirine pour y effectuer son noviciat de deux années et rejoint Tibhirine en janvier 1971. Il sera rapidement envoyé à Rome pour y effectuer des études d’arabe et d’islamologie puis s’enracinera définitivement dans son monastère en y faisant profession le 1er octobre 1976. « Je fais profession d’émerveillement », dit-il. Ce moine hors norme bousculera quelque peu ses frères par son attrait pour la foi de l’autre différent. Mais en 1984, ils l’élisent prieur de la communauté qui prend alors résolument l’option de la rencontre et de l’émulation spirituelle. Ses enseignements saisissent par leur profondeur. Il accompagne de nombreuses personnes.

Groupe de personnes dans une pièce, une femme tient un magazine intitulé 'elle'.

Une vie donnée à Dieu,
et à ce pays.

Alors que la violence éclate au début des années 90 et qu’un ultimatum d’expulsion du GIA intime aux étrangers de quitter le pays sous peine de s’exposer à cette violence, frère Christian entame l’écriture d’un testament spirituel le 1er décembre 1993 qu’il terminera le 1er janvier 1994. Entre temps, il doit faire face avec sa communauté à l’assassinat à quelques km du monastère de douze ouvriers croates sur un chantier. Et quelques jours plus tard, au soir de Noël, ce même groupuscule responsable de cet assassinat fait irruption en armes dans le monastère. Le face à face est tendu, mais après un échange entre Christian et le chef de guerre, ce dernier repart en s’excusant d’avoir troublé la fête. Ce respect troublant de la part de cet homme n’a pas d’autre explication qu’une vraie rencontre en humanité fraternelle avec frère Christian. Il relira d’ailleurs cette rencontre lors d’une journée de récollection le 8 mars 1996. Il y livrera aussi ses cinq piliers de la paix : Patience, Pauvreté, Présence, Prière, Pardon. À l’annonce de leur mort son testament prendra toute sa force : « S'il m'arrivait un jour - et ça pourrait être aujourd'hui - d'être victime du terrorisme qui semble vouloir englober maintenant tous les étrangers vivant en Algérie, j'aimerais que ma communauté, mon Église, ma famille, se souviennent que ma vie était DONNEE à Dieu et à ce pays ».

  • 18.01.1937 Naissance à Colmar

    6.10.1956 Entrée au Séminaire des Carmes (Paris)

    1958-1961 Service militaire en Algérie

    21.03.1964 Ordination sacerdotale en l’église Saint Sulpice (Paris)

    1964-1969 Chapelain à Montmartre et Directeur de la Maîtrise

    20.08.1969 Entrée à Aiguebelle

    3.10.1969 Prise d’habit et noviciat

    15.01.1971 Arrivée à Tibhirine

    1.10.1971 Premiers vœux temporaires

    1.10. 1976 Vœux solennels

    25.03.1979 Co-fondation du Ribât es-Salâm

    1984-1996 Deux mandats comme Prieur

    27.03.1996 Enlèvement avec six de ses frères par un groupe armé

    21.05.1996 Mort selon un communiqué du GIA

    27.03.1996 Enlèvement avec six de ses frères par un groupe armé

    21.05.1996 Mort selon un communiqué du GIA

    • « L’héritage que nous ont laissé nos frères, se trouve, résumé, condensé dans un seul texte où l’on retrouve tous les autres, et cet esprit d’Assise que nous a si fortement marqué toutes ces années. Il est au fondement de cette notion d’alliance dont nous vivions à Tibhirine. Il s’agit du testament de frère Christian. Ce texte, on s’en souvient, est affirmation trinitaire. Christian y exprime le don qu’il fait de lui-même, offrande secrète, où l’on reconnaît l’amour du Christ pour les hommes, au nom du Père, dans la communion de l’Esprit » (Frère Jean-Pierre Schumacher, cité dans Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 151).

    • « Christian, c’est de lui que j’étais le plus proche, sans qu’il en parle souvent, a aussi été rudement éprouvé. Il aurait voulu que sa communauté soit regardée comme une communauté de priants parmi les priants. En réalité il voyait bien qu’on y venait surtout pour se faire soigner par le frère Luc. Il aurait voulu aller prier à la mosquée construite à l’emplacement de l’ancienne église. On ne l’a pas laissé rentrer. Il aurait voulu, après le tremblement de terre d’Al Asnam, aller donner son sang à l’hôpital. On n’a pas voulu de son sang. Et l’escalade des violences à laquelle on a assisté dans la région de Tibhirine les a tous marqués dans la communauté. J’étais auprès de frère Christian lorsque nous avons appris ensemble l’assassinat de Sœur Paul Hélène et de frère Henri. Henri Vergès était souvent venu à Tibhirine lorsqu’il travaillait à Sour el Ghozlane, et il était devenu un frère très proche pour Christian. »
      (Homélie de Gilles Nicolas, 19.05.2006)

    • Biographies :

      • RAY Marie-Christine, Le Père Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, Bayard Éditions / Centurion, 1998, 223 p.

      • LES MOINES DE TIBHIRINE, Heureux ceux qui espèrent. Autobiographies spirituelles, textes recueillis et présentés par Marie-Dominique Minassian, avec le concours de l’Association pour les écrits des 7 de l’Atlas, les familles des moines, les communautés de Notre-Dame de Bellefontaine, de Tamié, d’Aiguebelle et de Notre-Dame de l’Atlas à Midelt (Maroc), Série Les écrits de Tibhirine, Tome 1, Paris, Cerf-Bayard-Bellefontaine, 2018, p. 305-487.

    • Écrits :

      • CHERGÉ Christian de, prieur de Tibhirine. L'invincible espérance, textes recueillis et présentés par Bruno Chenu, Paris, Bayard Éditions / Centurion, 1997, 319 p.

      • Dieu pour tout jour : chapitres de Père Christian de Chergé à la communauté de Tibhirine 1986-1996, Aiguebelle, Les Cahiers de Tibhirine, n° 1, Aiguebelle, 2004, 536 p. Réédité par les éditions de Bellefontaine, 2009, 620 p.

      • L'Autre que nous attendons : homélies de Père Christian de Chergé 1970-1996, Les Cahiers de Tibhirine, n° 2, Aiguebelle, 2005, 583 p.

      • CHERGÉ Christian de, Lettres à un ami fraternel. Correspondance avec Maurice Borrmans, Paris, Bayard, 2015, 367 p.

      • Retraite sur le Cantique des cantiques, par Christian de Chergé, prieur de Tibhirine, SALENSON Christian, Nouvelle Cité 2014, 160 p.

    • Études :

      • SALENSON Christian, Christian de Chergé, une théologie de l'espérance, Paris, Bayard, 254 p. (Prix Siloé-Le Pèlerin 2009).

      • TOVO Paolo, Chercher Dieu du regard, en l’autre. Une lecture théologique des écrits de Christian de Chergé, Études sur Tibhirine et les martyrs de la fraternité 8, Academic Press, Fribourg 2025.

Une lettre manuscrite en français intitulée "Quand un A. MEJ s'engage...". La lettre est écrite à la main, en deux colonnes, avec du texte négligé mais lisible.