Mohamed Bouchiki
« La paix soit avec vous »
Mohamed était connu de tous. Originaire de Sidi-bel-Abbès, il avait 22 ans. Il était venu chercher son ami Pierre à l’aéroport qui revenait d’Alger.
L’escorte policière était là aussi.
Pierre Claverie avait confié à un prêtre : « Tu vois, rien que pour un homme comme Mohamed, cela vaut la peine de rester dans ce pays, même au risque de sa vie. » (Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 186).
L’escorte remerciée, Pierre prend congé de tous. Tenant à l’accompagner jusqu’à sa chambre le voyant chargé, Mohamed s’avance avec lui pour entrer dans l’évêché. La bombe explose et les tue tous les deux, sangs mêlés.
On retrouvera ces quelques lignes testamentaires écrite sur un carnet de la main de Mohamed : « Au nom de Dieu, le Clément, le Miséricordieux - avait-il écrit d'une main inspirée - avant de lever mon stylo, je vous dis : « La paix soit avec vous ». Je remercie celui qui va lire mon carnet de souvenirs, et je dis à chacun de ceux que j'ai connus dans ma vie que je les remercie. Je dis qu'ils seront récompensés par Dieu au dernier jour. A Dieu, à Celui qui me pardonnera, au jour du jugement, et celui à qui j'aurais fait du mal, qu'il me pardonne. Pardon à celui qui aurait entendu de ma bouche une parole méchante, et je demande à tous mes amis de me pardonner en raison de ma jeunesse.
Mais en ce jour où je vous écris, je me souviens de ce que j'ai fait de bien dans ma vie.
Que Dieu dans sa toute-puissance fasse que je lui sois soumis et qu'il m'accorde sa tendresse. »
(Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 187).
Bien sûr, il n’a pas été béatifié le 8 décembre 2018, mais il apparaît sur l’icône des 19 bienheureux martyrs, comme ce vingtième bienheureux, icône dans l’icône de tous ces Algériennes et Algériens morts durant cette tragique page de l’histoire du pays. Visage plein d’espérance pour tous les temps d’une fraternité et d’une fidélité plus fortes que le mal et la mort.
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« Ceux qui les ont fréquentés dans les derniers mois, surtout dans les derniers jours, ne peuvent s'empêcher de penser qu'ils vivaient ensemble une agonie, un vrai combat silencieux qui était celui des deux, le jeune musulman et l'évêque chrétien. Mohamed a laissé un carnet intime, quelques notes rédigées phonétiquement en français, pendant ses longs moments de solitude qu'il consacrait, disait-il, à la prière, en écoutant bien souvent un morceau de musique qui n'était ni de sa culture ni de son âge, mais qui favorisait chez lui la méditation. Ces quelques mots révèlent une relation à Dieu très profonde qui se refusait à se manifester dans un culte public. Certains amis gardent aussi précieusement des lettres reçues de lui. II cachait sa grande souffrance, une souffrance partagée avec sa famille et son pays qui lui donnait sans doute cette étonnante maturité, et lui ouvrait la porte de tous les cœurs. Mystérieusement, il se préparait à donner sa vie, comme Pierre. » (Thierry Becker, Jusqu’au bout de la nuit. L’Église d’Algérie, p. 201).

