31 janvier 1914 - 21 mai 1996

Luc Dochier

Né le 31 janvier 1914 à Bourg de Péage, Paul a grandi dans la Drôme et fait des études de médecine à Lyon. Il gardera de ce temps d’études de solides amitiés auxquelles il fera recours à Tibhirine. Il soutient sa thèse en 1940 dans le contexte que nous connaissons et intègre la Trappe d’Aiguebelle le 7 décembre 1941. Apprenant qu’un de ses amis médecin et père de quatre enfants est détenu comme prisonnier de guerre dans un camp en Allemagne, frère Luc, avec l'accord de ses supérieurs, se porte volontaire pour prendre sa place. Il y restera deux ans, survivant notamment à un enfermement dans un bloc de malades du typhus. Il réapparaît à Aiguebelle en été 1945 et est envoyé l’année suivante, en août 1946 à Tibhirine.

Rapidement, ses qualités de médecins font ouvrir un dispensaire où défileront plus de cent malades chaque jour, soignant même les fellaghas.

Luc, le médecin.

Il fera de même lors de la décennie noire avec les membres du GIA qui se présentent à son dispensaire. Il était prêt à soigner quiconque se présenterait : « même le diable », aurait-il lancé un jour en communauté ! De santé fragile, frère Luc enchaîne ses journées de médecin avec le soin de ses frères à la cuisine. Un homme entièrement donné dont le caractère un peu bourru cachait un cœur immense. « Frélou » était bien plus qu’un médecin. On venait le consulter pour être écouté, conseillé. Le dispensaire n’a cessé grâce à lui d’être l’interface de la bonté et de la proximité fraternelle des moines de Tibhirine dans laquelle il enrôlait toutes les personnes de bonne volonté pour lui fournir vêtements, médicaments et toutes choses utiles pour ses patients, à l’instar de son ami le Pr Guillemin et de ses anciens camarades d’études de médecine.

Jusqu’au bout il aura étreint ce quotidien épuisant dans l’attente du face à face pour enfin chanter avec Edith Piaf :
« Non, rien de rien, non, je ne regrette rien… »