11 octobre 1950 - 21 mai 1996

Christophe Lebreton

Christophe, le feu du don.

Né le 11 octobre à Blois, Christophe est membre d’une grande famille bourgeoise de douze enfants. Il est un jeune homme de son temps. Suite au décès de sa grand-mère et son désir de s’offrir à sa place, Christophe demande à entrer au Petit Séminaire. Son modèle de prêtre à l’époque est celui du prêtre missionnaire. Mais au moment de discerner pour passer au grand séminaire, un autre vent souffle : celui de mai 1968. Christophe s’émancipe de ce désir et part à Tours faire des études de droit. Il y mène une vie d’étudiant mais garde un pied dans le milieu en étant surveillant au petit séminaire de Tours. C’est vers la fin de ses études qu’il fait une découverte qui marquera un avant et un après dans sa trajectoire personnelle. Il rencontre tout d’abord l’Abbé Pierre. Son franc parler rejoint son cœur et l’engage dans ce qu’il appellera un « vœu a-religieux : rester pauvre ». Il rejoindra tous les étés les Camps internationaux d’Emmaüs jusqu’en 1974. Une seconde rencontre va le bouleverser : les écrits de Charles de Foucauld font basculer son cœur à la fin de ses études. Il vaut alors devenir Petit frère de Jésus. Afin de se dégager de ses obligations militaires, il part en coopération, de deux années à proximité d’une fraternité à Alger. Là il découvre la pauvreté auprès d’enfants handicapés auquel il est envoyé comme enseignant. Il croise la route de belles personnalités : Marie-Thérèse Brau et le Père Carmona qui aura une part décisive dans son évolution spirituelle.

Car c’est lui qui lui fera découvrir la petite Trappe de Tibhirine. C’est le coup de foudre : la radicalité et la pauvreté de ces quelques hommes qui l’accueillent le touche. À la fin de sa coopération. Il veut devenir trappiste. Pour sa première formation monastique, il intègre le noviciat de l’abbaye de Tamié en septembre 1974 qui fourmille de candidats. En 1976, il rejoint finalement Tibhirine et y fera ses premiers vœux le 31 décembre 1976. Mais son insertion se révèle trop difficile et il retourne à Tamié où il fera profession définitive le 1er novembre 1980. Son esprit de pauvreté le conduit à refuser d’être ordonné prêtre et c’est donc le métier de menuisier qu’il part apprendre à Troyes en 1981. Revenu à Tamié, il y réalise nombre de travaux. En 1986, à la demande de la communauté vieillissante de l’abbaye des Dombes, il y est envoyé en renfort avec trois autres frères. Il est là-bas en charge de l’hôtellerie lorsqu’en 1987 il entend l’appel de fr. Christian à renforcer les rangs de l’Atlas en vue du projet de fondation de leur annexe au Maroc.

“Près de toi, je suis offert”.

Christophe se porte volontaire et se retrouve dix ans après de retour à Tibhirine. Il y recevra la charge du jardin et du associés du monastère. Il sera également en charge de la liturgie, le noviciat et deviendra en juin 1994 membre du Ribât es Salâm, groupe islamo-chrétien fondé en 1979 par Christian de Chergé, Claude Rault et quelques chrétiens d’Alger désireux de partager sur leurs expériences de rencontre islamo-chrétiennes. Christian l’avait choisi comme prieur vicaire, lui confiant la communauté pendant ses absences. Depuis 1972, frère Christophe tenait un journal où sa vie quotidienne prenait sens et valeur de prière. Ces pages et en particulier les trois dernières années (1993-1996) constituent un témoin précieux des événements et de leur résonance la vie communautaire, mais aussi écoute profonde de la foi de ces voisins et associés aux côtés desquels il travaillait. La fameuse nuit de Noël 1993, il se cache avec un autre frère ainsi qu’ils en avaient tous convenu si un groupe armé survenait. Ils restent cachés jusqu’à ce qu’ils entendent retentir les cloches des Vigiles de Noël. Christophe restera mortifié par cette expérience de s’être échappé et d’avoir cru ses frères égorgés. Il n’aura de cesse d’en revenir à ce désir d’être donné.  Il laisse derrière lui une œuvre poétique considérable. Ses tous derniers mots sont saisissants :
« Près de toi, je suis : offert. (...] Je chanterai justice et bonté... J'irai par le chemin le plus parfait. Quand viendras-tu jusqu'à moi... Je marcherai d'un cœur parfait. » (Le souffle du don, 19 mars 1996, p. ?)